Bio, halal et sans étourdissement!

Face à cette incertitude, d’autres ont fait le choix de se tourner vers des alternatives : le bio Halal garanti sans étourdissement. Sur ce marché, l’asbl Green Halal est pionnière. Reportage.

Dans leur tout nouveau local situé à Jette, Meriame Najjari et Gerlando infatino, les cofondateurs reçoivent les clients qui se relayent tour à tour pour récupérer leurs colis commandés quelques semaines plutôt. Des clients soucieux de consommer des produits de qualité. « C’est surtout le bio qui m’intéresse, nous avons drastiquement réduit notre consommation de viande, c’est pourquoi c’était important pour nous de nous tourner vers une viande de meilleure qualité. C’est donc clairement dans l’état d’esprit de consommer plus sain » nous explique Anissa. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à parcourir des dizaines de kilomètres. « Moi je viens d’Anvers » confie Fatiha. « Cela fait déjà cinq ans que je commande ma viande chez Green Halal. C’est la qualité de la viande et le souci du respect de l’animal qui m’a amenée ici. Le halal c’est une chose mais la qualité c’est autre chose, c’est ce que l’on constate malheureusement souvent dans les boucheries traditionnelles. Clairement, je pense qu’il y a une prise de conscience au sein de la communauté notamment suite à la polémique autour de l’étourdissement mais les gens veulent de la qualité mais ils ne sont pas prêts à payer le prix pour. Oui 7,5 euros le kilo de poulet, tout le monde ne veut pas forcément mettre la main à la poche. De notre côté, nous avons réduit notre consommation de viande, même si les bouchers en Flandre rassurent les consommateurs en leur garantissant qu’ils se fournissent depuis l’étranger, le Luxembourg ou la France, je préfère faire des kilomètres, au moins je suis sûre de la qualité de la viande qui se retrouve dans mon assiette » estime la cliente.

Un constat amer

Fondée il y a 10 ans, Green Halal est aussi le fruit d’un amer constat dressé par ses fondateurs. « A la suite d’un reportage, nous avions fait le constat d’un manque cruel de traçabilité et d’origine du halal. Renseignements pris auprès de notre boucher de l’époque, nos craintes n’avaient fait que se confirmer. Nous sommes donc devenus végétariens pendant près d’un an le temps de mettre en place la filière » raconte Meriame Najjari. L’asbl accorde une importance à la fin de vie de l’animal. « Nous avons développé en collaboration avec le professeur Zhiri, aromathérapeute, des produits pour éviter tout stress avant le sacrifice. Nous utilisons notamment un spray anti-stress que l’on vaporise lors du départ des bêtes ainsi qu’une huile pour masser les animaux. Nous travaillons exclusivement avec des producteurs locaux, des agriculteurs wallons. Nous exigeons également que nos animaux soient sacrifiés les premiers afin de les préserver d’une attente trop longue et de tout stress supplémentaire, l’abattoir doit aussi être situé à moins de 150 km et nous devons assister au sacrifice ».

Bio et Halal, un pléonasme ?

Le halal doit être bio par essence, de même que la consommation mais « c’est un tout qui paraît logique mais qui n’est pas ancré dans la tête de nombreux consommateurs musulmans. Nous avons deux credo : consommons moins mais consommons mieux et ensemble redonnons du sens au mot halal. Ce sont véritablement des objectifs » affirme la fondatrice. Permettre aux musulmans de consommer une viande de qualité bio, halal et sans étourdissements, c’est donc l’objectif que s’est fixée l’asbl Green Halal, l’asbl qui est aussi suspendue à la décision que prononcera la Cour européenne de Justice concernant le dossier abattage. Mais la Cour s’est prononcée il y a quelques semaines concernant l’interdiction d’apposer le logo bio sur toute viande halal : « Ça vient de tomber, la Cour estime que le logo bio ne peut être apposé sur une viande halal, il faut au préalable que l’animal soit étourdi, ce qui nous laisse très peu d’espoir concernant l’autre décision. Dans le cas contraire, nous devrons envisager de nous tourner vers la France, ou alors nous deviendrons végétariens ! » conclut, philosophe, Meriame Najjari.