Notre héritage : sur les traces de l’âge d’or de l’ère arabo-musulmane…Partie 3

Nous poursuivons notre voyage au cœur de notre histoire. Nous nous intéresserons cette fois-ci à l’héritage scientifique du monde musulman.

Alors que l’Europe du Moyen Age traversait des périodes d’obscurantisme, la civilisation islamique étendait son empire de l’Espagne à l’Inde. La raison comme mode d’accès à la vérité, ainsi que l’existence de débats d’idées au sein même de toutes les disciplines scientifiques et techniques, étaient les raisons de cette expansion du savoir.

L’essor des académies

La science arabe connait son apogée grâce aux califes de l’empire abbasside ( Al-Mansour, Haroun Ar-Rachid, Al-Ma’mun ) qui comprennent l’importance de centraliser toutes les connaissances dans une bibliothèque, et d’ouvrir ses portes aux savants. De ce fait, un « mouvement de traductions » va prendre de l’ampleur : traduire en langue arabe tous les manuscrits et œuvres des anciens ( grecques et indiennes ) quel que soit le domaine traité dans les écrits. De très importants centres de savoirs constitueront une base de données et un point de départ de nombreuses études : la Maison de la Sagesse à Bagdad et la Maison de la Science au Caire. D’autres villes comme Damas, Bassora, Téhéran, Cordoue, Tolède, Grenade, Fès, Samarkand…possèderont aussi leur propre bibliothèque et leur propre académie. Ce sont à la fois des lieux de rencontre de savants et des lieux de formation. En effet, les savants arabo-musulmans, encouragés par des souverains musulmans et de grands mécènes, vont enrichir cet héritage antique : des bibliothèques publiques et privées, des écoles, des mosquées, des observatoires vont connaitre un grand essor. Deux types d’écoles vont se distinguer. D’un coté, lieux de prières et de prêches, les mosquées accueillent des universités où l’on dispense l’enseignement des sciences religieuses, la philosophie et la littérature : les « madrassas » font leur apparition. Les principales branches des sciences islamiques vont donner naissance à des disciplines comme l’étude des « Hadiths » ( paroles et traditions prophétiques), du « Fiqh » ( jurisprudence) et du « Tafsir » (exégèse du Coran). De ce fait, les savants établissent les règles religieuses concernant la vie pratique du musulman; et deux grandes écoles juridiques vont naitre : le courant hanafite et le courant malikite. Et de l’autre, des centres de savoirs, des académies où le travail est collectif, où l’on étudie les sciences dites « rationnelles » dans une optique pratique afin de répondre aux besoins du temps. Ainsi, les mathématiques et la géométrie facilitent le commerce, le calcul des impôts, les partages des terres lors des héritages ; les cycles astronomiques ainsi que des instruments comme l’astrolabe et les cadrans solaire permettent d’établir les calendriers pour l’agriculture, de s’orienter en mer et dans le désert, de préciser les heures des cinq prières quotidiennes; quant à la médecine et à la chirurgie, elles permettent la maitrise de l’homme dans son environnement. L’enseignement fait un bond de géant !

La révolution du papier : un secret révélé

Parallèlement, cet accroissement intellectuel va développer une nouvelle pratique révolutionnaire dans le monde musulman : le recours au papier pour les ouvrages scientifiques, littéraires, philosophiques, religieux… En effet, avant la découverte de ce procédé, les musulmans écrivaient sur des parchemins, des papyrus; et suite à la conquête de l’Ouzbékistan, lors de la bataille de Talas au 8ième siècle, des prisonniers chinois (qui utilisaient le papier couramment depuis le 2ième siècle !) auraient livré le secret de fabrication du papier. La première fabrique à papier voit le jour à Samarkand, et depuis d’autres ateliers vont se multiplier dans tout l’empire arabo- musulman pour atteindre l’Europe au 12 ième siècle. Il faut savoir que les techniques de fabrication du papier ont été longtemps tenues secrètes. On sait aujourd’hui que la pâte à papier était faite à partir de chiffons de lin, de chanvre broyés, lavés, étalés puis séchés. Comme son prix était peu élevé, certains pouvoirs européens ( comme le Vatican) ont importé des pays musulmans le papier dont ils avaient besoin. Le développement de cette industrie redonnera un second souffle à d’anciennes activités comme la production d’encres, la reliure et l’enluminure. Grâce au papier, les connaissances vont se diffuser avec rapidité et des œuvres seront disponibles non seulement dans les bibliothèques des grandes villes du pouvoir musulman mais aussi dans les mosquées et les « madrassas » de toutes les provinces de l’empire.

Quand l’arabe devient langue officielle de l’élite scientifique

Hossam Elkhadem, professeur et membre de l’Académie internationale d’histoire des sciences,
écrit : « Qualifier la science d’« arabe » ou d’ « islamique » peut prêter à confusion : « arabe » fait supposer que tous les hommes de science de la période envisagée ici étaient des Arabes et « islamique » qu’ils étaient tous musulmans. Or, ni l’origine ethnique ni la confession ne doivent être prises en considération : un grand nombre d’hommes de science n’étaient pas arabes, mais bien persans, indiens, égyptiens, des juifs et des sabéens. L’emploi de l’adjectif « arabe » se justifie parce que le langage universel de la science était alors la langue arabe, et « islamique » désigne le cadre culturel dans lequel cette science est née et s’est développée. »

Il faut comprendre que le travail titanesque des traducteurs des œuvres antiques ( grecque, indienne) a dépassé le statut de simple exécutant. En effet, ils ont créé une langue arabe apte à exprimer la science dont le monde musulman n’avait aucune culture. Avec rigueur, ils ont créé un nouveau langage scientifique en enrichissant celle-ci par des notions abstraites et des termes précis ainsi que des nuances subtiles. Et sans ces traducteurs, jamais la compréhension et l’assimilation des œuvres traduites n’auraient pu se faire. Grâce à plus de 70 formes de lettres et aux différents signes graphiques indiquant la prononciation et le sens des mots, la langue a permis à tous les érudits de communiquer à travers une seule et même langue commune : l’arabe ! De plus, dans le vocabulaire usuel et scientifique français, on retrouve de nombreux mots arabes, comme par exemple zéro, sucre, tarif, abricot, alcool, algèbre, arsenal, café, bougie, carafe, châle, coton, hasard, sirop,…etc.

N.E.