Notre héritage: sur les traces de l’âge d’or de l’ère arabo-musulmane… (partie 6)

Cet âge d’or se compose de deux grandes phases. La première étape ( 8ième au 10ième siècles ) se distingue par un mouvement de traductions en langue arabe des ouvrages antiques. Et la deuxième phase (11ième au 13ième siècles) contribue à une transmission de la science arabe en Europe par la traduction en latin de nombreux ouvrages écrits en arabe. Imprégnée par ce patrimoine, l’Europe va connaitre un renouveau scientifique et un développement intellectuel. Au début du 15ième siècle le déclin de l’activité scientifique s’amorce mais le relais est passé à l’Europe.

Et la science arabe arrive en Europe…

Un grand nombre de traités et d’ouvrages précieux de référence en chirurgie, botanique, mathématiques, astronomie…et dans d’autres disciplines explorées par les érudits arabo-musulmans voient le jour; et dans un soucis de préservation, ils sont stockés dans de grandes bibliothèques orientales d’une part et occidentales d’autre part. Ainsi l’Europe va connaitre à son tour un mouvement de traductions des ouvrages arabes. Les œuvres et les idées pouvaient parcourir l’Orient et l’Occident par l’intermédiaire de grandes écoles et universités, comme celle de Tolède en Espagne ou de Salerne en Italie. Elles ont contribué à l’évolution et à l’épanouissement de la médecine en Occident. Les savants arabo-musulmans avaient pris conscience de la nécessité de transmettre, d’échanger et d’enseigner le savoir pour qu’il puisse être un profit pour les gens. Les savants voyageaient pour s’informer, pour apprendre dans tout l’empire musulman et de l’Espagne à l’Asie centrale. Imprégnés de science arabe, les premiers scientifiques européens se distinguent. Ainsi, au 15ième siècle Copernic, astronome polonais avait accès aux sciences astronomiques arabes et sous leur influence a pu développer d’autres systèmes planétaires connus jusqu’à ce jour.

Les sciences arabes, maillon de la chaîne du savoir universel 

Copernic reçut un héritage et fut le dernier maillon d’une longue chaîne de savants musulmans. William Harvey, grand médecin anglais du 16 ième siècle, à qui on attribua la découverte de la circulation sanguine, s’est fort inspiré des travaux d’Ibn Al-Nafis ( 13ième siecle). Et d’autres scientifiques européens vont se baser sur les ouvrages des scientifiques arabo-musulmans. La science arabe est une science universelle, et l’islam n’a jamais contrarié son développement. Trop souvent, on oublie que les sources scientifiques grecques n’auraient pas pu être transmises à l’Europe si la civilisation arabo-musulmane n’avait pas mis en évidence sa contribution et son enrichissement à la science moderne. Parfois, on minimise l’apport majeur de la civilisation arabo-musulmane dans l’Histoire. Le renouveau dont elle était porteuse contribua au processus de la science et de son développement. Les savants grecs ont été les maîtres des arabes, jusqu’à ce que ces derniers commencent à s’émanciper, à bâtir leurs propres théories. Bagdad, gardienne du savoir va transmettre à l’occident, qui lui doit sa renaissance. Son héritage s’est transmis et de nombreux ouvrages grecs ( Aristote, Ptolémée, Socrate, Platon,…) seront traduits de l’arabe vers le latin. Les apports successifs de connaissances, augmentés et enrichis par les savants de l’Islam, ont constitué la base du savoir scientifique et technologique développé par l’Europe. Ils ont forgé notre monde moderne et préparé l’explosion des sciences et des technologies à partir du 19ième siècle. Prenons l’exemple de la conquête de l’espace au 20ième siècle : pense-t-on que nous aurions pu marcher sur la lune sans le savoir des scientifiques arabo-musulmane ? Nous avons fêté le cinquantième anniversaire du premier pas sur la lune en 2019, et Armstrong, l’astronaute de cet exploit, lors d’une interview a rendu un hommage universel aux scientifiques de tous les temps : « Tout ceci n’aurait pas été possible sans les prédécesseurs scientifiques… C’est le résultat de tout un groupe d’homme de différentes origines qui ont été à la recherche de la compréhension et de la vérité… » Les sciences arabes font partie de la chaine du savoir scientifique universel. L’histoire des sciences arabes est une histoire de dialogue entre diverses cultures, entres savants et traducteurs de différentes origines linguistiques, ethniques et religieuses.

Après l’essor, le déclin…

Comme toutes les civilisations qui l’ont précédé, l’empire islamique va connaître lentement un processus de déclin à plusieurs niveaux. Différentes     « théories du déclin » sont données par les historiens. Mais pour simplifier grandement ces théories, nous retiendrons deux grands types de facteurs : des facteurs externes à l’empire islamique et ceux qui sont internes à celui-ci. Comme son nom l’indique, le monde musulman est un empire; un empire qui domine sur les plans économique, militaire et scientifique. Et dès le 13ième siècle, de grandes invasions successives, notamment des mongoles venus d’Asie et des offensives commerciales venant du sud de l’Europe ( Venise, Florence…), vont bouleverser le « visage » de l’empire musulman. Il sera attaqué pour des raisons idéologiques et économiques. Il y eu des conséquences désastreuses sur le « mouvement scientifique du Moyen-Age islamique ». En effet, la plupart des grandes villes, comme Bagdad, furent pillées, les califes mis à morts avec toute leur famille et d’immenses richesses disparaissent: des bibliothèques furent anéanties, des livres et ouvrages brûlés. Une catastrophe sur les plans économique et culturel! Une perte considérable pour la postérité!

Les dissensions apparaissent

D’un point de vue politique, c’est la fin du califat, qui avait constitué la fondement de la société musulmane depuis la disparition du Prophète Mohammed ( Paix et Salutations sur lui). De plus, des foyers de divergences et de discordes dans le pouvoir islamique vont se répandre notamment sur les frontières de l’empire. On distingue trois califats en même temps : un à Bagdad, un au Caire et un à Cordoue. C’est une idéologie nouvelle à l’époque du Moyen-Age. Par conséquent, la division politique se ressent et tous vont combattre pour obtenir le leadership politique. Malgré cette « ambiance », l’unicité religieuse et commerciale, qui sont les moteurs de cette vitalité, seront préservées. D’autres reconquêtes comme les Croisades      ( Jérusalem notamment) et la Reconquista ( Espagne musulmane, l’Italie et ses îles) vont déstabiliser le pouvoir par des luttes incessantes et ainsi affaiblir le monde musulman de l’intérieur. De plus, la découverte de l’Amérique au 15ième siècle a permis à l’Europe de s’enrichir ( or, métaux précieux…) et de renforcer la reprise du pouvoir chrétien sur un plan militaire et idéologique : les croisades sont nées. Progressivement, l’écart scientifique entre l’orient et l’occident se creuse. En effet, le monde musulman n’a pas pu voir venir le développement dans les sociétés européenne et asiatique comme l’imprimerie. Pour la petite histoire : le premier exemplaire du Coran a été imprimé à Venise ; mais l’empire arabo-musulman a refusé l’imprimerie car le Coran était imprimé avec des fautes d’orthographe et donc il dénaturait le message divin et risquait de semer la discorde au sein même de la communauté. Cette invention a permis à l’occident de faciliter la diffusion du savoir et de favoriser un mouvement de renouveau scientifique : la Renaissance est amorcée. Mais à cause de ses nombreux signes et de ses différentes graphies, l’arabe est beaucoup plus difficile à topographier que le latin, ce qui freine la diffusion des écrits islamiques. En rejetant ce procédé, l’orient va se séparer ce qui marquera un tournant pour l’occident. Après des siècles de grandeur, endormi par son confort, confiant dans ses acquis et rejetant toute idée et technique nouvelles, le monde musulman s’effrite et se renferme sur lui-même. Des pensées dites « progressistes », comme la philosophie font peur au pouvoir théologien puisque cette discipline se centre sur le doute religieux. On voit apparaitre plusieurs écoles de pensée islamique qui donnent libre cours à l’examen des livres saints. On les retrouve surtout en Espagne musulmane. Des savants, comme Avicenne ou Averroès, sont aux prises avec la justice de Bagdad, qui leur ordonne de se concentrer sur des disciplines scientifiques pratiques et concrètes. Une des raisons du déclin de cet ère, sont les catastrophes    « naturelles » comme les épidémies, les famines qui ont affaibli le monde musulman de l’intérieur. Même si la peste noire en 1348 a fait des ravages partout dans le monde, l’Europe ne connaîtra pas la même conséquence humaine que l’Orient. D’un coté, une Europe qui connait un renouveau par une société en développement et de l’autre coté un Orient affaibli par des luttes incessantes. L’Orient et le Maghreb vont connaitre une catastrophe démographique dévastatrice et l’Occident quant à elle va ralentir la catastrophe humaine. Ainsi, l’Espagne musulmane est attaquée de partout : par les luttes sans fin avec les croisés pour préserver à tout prix l’andalous ( les fatimides) et par les épidémies.