Notre héritage : sur les traces de l’âge d’or de l’ère arabo-musulmane…Partie

Précédemment, nous avons vu que l’héritage astronomique et mathématique grec ont été le point de départ de nombreuses études des savants musulmans. Au 9ieme siècle, Al-Khawarizmi a synthétisé les connaissances de la Grèce antique et de l’Inde pour donner naissance à l’algèbre avec les « chiffres arabes », à l’arithmétique, la trigonométrie et de la géométrie. La civilisation arabo-musulmane s’est développée dans un contexte favorable à la connaissance, et la médecine a connu un très grand essor…

La médecine islamique est le fondement de la médecine actuelle

La médecine arabe trouve ses sources dans de nombreuses traductions de la Grèce antique, en particulier dans les travaux d’Hippocrate où il définissait les maladies comme une « cause naturelle et non surnaturelle, cause que l’on peut étudier et comprendre » ; ainsi que les travaux de Galien (3ieme siècle) dans lesquels, il établissait un lien entre maladie et déséquilibre des humeurs. Pour se débarrasser de cet excès de « fluide », il préconisait des vomitifs ou des saignées. Les savants arabes ne se sont pas arrêtés à traduire les travaux des anciens, ils ont continué à chercher, à rationnaliser la connaissance, par une insatiable curiosité du monde qui les entourait. Leur seul objectif était de s’enrichir du savoir des autres cultures sans aucun apriori religieux ou racial. De plus, leurs connaissances du Coran et des hadiths contribuaient à l’avancement de leurs œuvres en y puisant des conseils d’hygiène et nutritionnels, des préceptes moraux, philosophiques et du bon sens surtout dans la médecine prophétique. Nourris par le hadith ( Al-Bukhari) du prophète qui dit : « Dieu n’envoie jamais aux hommes une maladie sans lui envoyer son remède ». Cette vision optimiste va influencer cette volonté acharnée d’être porteur du savoir.

Ce qui différencie les savants antiques des savants arabes, c’est qu’ils ont introduit des méthodes expérimentales en s’appuyant sur l’observation, le raisonnement et l’appréciation des résultats tout en confrontant les traductions des prédécesseurs. Et de grands noms vont laisser une trace indélébile dans la médecine européenne et orientale: Ar-Razi, auteur de divers traités d’anatomie, créateur de techniques chirurgicales, initiateur dans les affections psychiatriques; Ibn Sina (dit Avicenne) qui était le premier à répertorier dans une encyclopédie toutes les connaissances médicales de l’époque sous le titre « Le canon de la médecine », œuvre capitale qui sera une base de référence universelle; Zahraoui, père de la chirurgie, précurseur dans les outils chirurgicaux, dans les diverses manœuvres d’accouchement en obstétrique et de traitement des réductions des luxations en traumatologie; Ibn Rochd (dit Avéores), disciple d’Ibn Zohr (dit Avenzoar) qui lui enseigna l’importance de l’expérience comme base et guide de la pratique médicale. On doit à Ibn Rochd un ouvrage sur l’épidémiologie même s’ il était plus connu en tant que philosophe que médecin; Al-Kortobi, de naissance juive, traitera de l’hygiène en général, ainsi que des poisons et de leurs remèdes; Ibn Al-Jazzar, étudiera les symptômes des maladies tout en introduisant les traitements et posologies précises pour chaque signes cliniques dans un traité original; Ibn Nafiss, père de l’ophtalmologie, de la circulation sanguine grâce à ses travaux de dissections, il découvre le fonctionnement exact du cœur humain, 300 ans avant qu’un médecin européen ne reprenne ses travaux…

Malheureusement, la plupart des livres d’histoire passe sous silence toute une période au cours de laquelle un certain nombre de grands esprits ont véritablement révolutionné le domaine de la connaissance scientifique et technique…

L’Âge d’or du progrès en Orient : l’invention de l’hôpital et de la pharmacie

Les savants arabo-musulmans avaient compris l’intérêt de pouvoir exercer leurs savoirs dans un environnement propice à l’enseignement et à l’expérience. Et la création d’un hôpital ouvert à toutes les communautés ( chrétiennes, juives, musulmanes) révolutionna la médecine. Les malades d’origines diverses se faisaient soignées par des médecins venus du monde entier ( Europe, Inde, Chine). Le premier hôpital fut fondé à Gundishapour, en Iran; puis à Damas et ainsi, d’autres villes continueront à en construire sur le même principe humain de charité et de compassion. C’était un lieu où maîtres et disciples se côtoyaient dans le seul but de repousser les limites de la connaissance en favorisant les découvertes par l’entraide et l’amitié. Transmettre, voici le crédo de cette ère! La formation de savants et la transmission du savoir se nourrissaient d’une tradition prophétique: « Quand le fils d’Adam meurt, son œuvre s’arrête sauf dans 3 choses : une aumône continue, un fils vertueux et une science dont les gens tirent un profit… » (Muslim). La fonction première de ces lieux, qui était d’assister les malades, fut dépassée: l’hôpital-école voit le jour. L’hôpital moderne ressemble en de nombreux points à l’hôpital musulman médiéval. En effet, les patients souffrant d’une même maladie étaient regroupés par zones, des protocoles de soins (visites matinales du médecin auprès des malades, un assistant accompagne chaque infirme ou aveugle pour veiller à sa sécurité,…) y étaient suivis scrupuleusement. L’architecture de l’hôpital donnait aux patients la possibilité de profiter d’un cadre plus propice à la guérison, grâce à la mise à disposition de jardins ou de « patio » (sorte de cour d’intérieure).

Quant à la pharmacie, accolée à l’hôpital, elle connut une avancée très significative, passant d’un simple traitement à des préparations plus complexes et plus efficaces : elle devient, à elle seule, une nouvelle discipline majeure. Puisant sa source dans les travaux de Dioscoride ( Grèce, 1ier siècle) dans un premier temps, puis de Ibn Al-Baytar (Andalousie, 12ieme siècle), la pharmacopée s’enrichira par l’augmentation des échanges avec l’Inde et la Chine. Al-Baytar rédigea un dictionnaire et un ouvrage pour les apothicaires en expliquant les préparations médicinales, la conservation des drogues ou autres produits. Il faut savoir que les savants arabo-musulmans touchaient à plusieurs disciplines en même temps, et donc la pharmacopée était parfaitement intégrée au savoir médical…

Les érudits musulmans du Moyen-âge ont changé l’histoire par leur clairvoyance. Ils étaient parmi les meilleurs dans leurs domaines. Et les médecins ont contribué à l’expansion de la science arabe en poursuivant les travaux des pionniers. Ibn Nafiss écrivait : « Pour décrire l’usage d’un organe, nous nous basons sur une observation scrupuleuse et une étude honnête, sans nous demander si elles correspondent ou non aux théories de nos prédécesseurs ». Cette période intellectuelle se développe dans des conditions exceptionnelles où les savants étaient respectés et protégés par les califes et des mécènes. Ils jouissaient d’une liberté d’expression et d’une ouverture d’esprit qui favorisaient le dialogue entre les cultures, entres les religions, entre les ethnies.

N.E.