Notre héritage : sur les traces de l’âge d’or de l’ère arabo-musulmane…Partie 4

Du 9ième siècle au 11ième siècle, nous avons vu que la science arabe, grâce aux traductions d’ouvrages scientifiques grecques, a connu une apogée sans précédent. Nous avons vu aussi l’émergence de grands scientifiques dans de nombreux domaines. Ainsi, la correction des mesures de Ptolémée et la fabrication d’instruments astronomiques ( astrolabes, globes célestes et de cadrans solaires) ont permis aux savants de cartographier le ciel. Des villes multiculturelles et cités florissantes ( Bagdad, Bassora, Cordoue,…) possédaient des « madrassas », des hôpitaux, des bibliothèques et des observatoires qui faisaient parti intégrante de la vie scientifique de cette ère. Tout ceci n’aurait pas pu être réalisable si la civilisation musulmane n’avait pas connu un bond stupéfiant dans des nombreux domaines scientifiques et techniques. La science était au service du quotidien.

Après le ciel, la terre

Cette époque avait le savoir et le savoir-faire. On s’aperçoit que le développement des mathématiques a surtout permis la réalisation de nombreux instruments de mesures justes et de calculs fiables. En effet, on retrouve les mathématiques dans plusieurs domaines : l’architecture, les calculs d’impôts, les partages de terres, le commerce,…et même dans la cartographie terrestre. Rappelons-nous que nous sommes au Moyen Age, et que le monde va s’enrichir avec les travaux de grands « aventuriers » et de planisphères représentant l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Al-Idrissi ( 10ième siècle) est le plus connu dans ce domaine. Érudit passionné, Al-Idrissi, sous demande amicale du roi chrétien Roger de Sicile, va créer une carte précise et un compte rendu des us et coutumes de chaque territoire. Il accepte de relever le défi en rassemblant d’une part, tous les écrits existants de Ptolémée qui décrit la Terre en 7 climats, chacun d’eux se divisant en 10 sous-partie; et d’autre part, les avancées astronomiques et mathématiques de ces prédécesseurs. Ainsi, en consignant rigoureusement par écrit les récits des marins, des commerçants, Al-Idrissi innove en instituant une méthode scientifique : la géographie descriptive. En effet, il va détailler chaque contrées (au total 70 cartes) du monde : les directions et les distances des grandes villes de l’empire, les mers, les montagnes, les lacs et rivières, les caravansérails ( ensemble de grands bâtiments permettant de loger les commerciaux, leurs marchandises et leurs montures, ainsi que les relais postaux). Plus de 15 ans de recherche et de quête vont éclairer le monde et dissiper les mythes des monstres et des continents obscurs. Les 70 cartes réunies forment une mappemonde. Ibn Battuta, au 14ième siècle continuera à enrichir la carte du monde grâce à ses nombreux voyages en utilisant la méthode descriptive d’Al-Idrissi.

L’eau arrive dans les habitats

Pour comprendre le monde, il faut concevoir des outils de mesures. Le développement technologique qu’a vécu la civilisation islamique pendant de nombreux années, était sans limite tant que les mécènes et califes subventionnaient leurs recherches. Les mathématiques aidant et le génie en ingénierie de certains savants, comme Al-Din; qui inventa tout un système de pompe à eau et de différents réseaux de canalisations souterrains. Ils permettront à certains réseaux d’accéder à l’eau potable et à d’autre d’évacuer les eaux usées. Devançant ainsi les européens d’un siècle, les grandes villes comme Damas, Bagdad étaient dotées de fontaines, de puits, de citernes, et chaque maison possédait un bassin qui trônait au centre de la cour intérieure, symbole de l’habitat arabe. De plus, les terres de champs ont pu disposer de ce bien vital et précieux pour la culture agricole en maitrisant son arrosage par un système de rigole qui depuis le canal allait acheminer l’eau jusqu’à la parcelle de terre à irriguer… « L’eau est la meilleure des aumônes » dit le Prophète ( Paix et Salutations sur lui).

Le savoir est une arme

Le Coran insiste sur la notion du savoir, de la connaissance et de la découverte. Dans une tradition prophétique, Mohammed ( Paix et Salutations sur lui) disait : « A celui qui cherche la connaissance, Dieu montre le chemin du paradis. Etudier est un acte de piété. L’encre du savant est plus sainte que le sang du martyrs. ». Les savants arabes ont compris une chose très importante : rien n’est dû au hasard ! Tout ce qui nous entoure est soumis à des « lois ». En théorisant ces règles, le scientifique pourra affiner ses découvertes par l’observation et l’expérimentation. La méthode scientifique est née ! Méthode qui aujourd’hui se pratique dans le monde entier…Les domaines de recherche vont s’élargir : Ibn Hayyan ( 8ième siècle) fera connaitre la chimie. S’inspirant de la théorie d’Empédocle (5ième siècle) sur les 4 éléments de la matière (eau, air, terre et feu), Ibn Hayyan rajoutera 2 autres éléments : le mercure et le soufre.

La chimie devient une discipline scientifique

Séparé des sorts, de la magie et des croyances mystiques, la chimie prendra sa place au sein des autres disciplines scientifiques. Des ouvrages qui décrivent les recettes et procédés de fabrications du savon, par exemple témoignent du talent des chimistes. En effet, la fabrication du savon était inconnue jusqu’au 13ième siècle en Europe, alors que le monde musulman en connaissait tous les secrets. La parfumerie, grâce à la distillation, fera son entrée en orient. Dans le domaine architectural, la verrerie ornera les bâtisses avec un jeu de couleurs et de lumières, par un procédé révolutionnaire, en mélangeant différents sels minéraux. Les chimistes musulmans maitrisaient les techniques du métal et de la distillerie. On trouvait ces procédés dans le domaine de la bijouterie (métaux précieux), de l’armement ( les armes de Damas étaient réputées)  du textile (l’art de la teinture), de la monnaie ( l’argent pour dirham et l’or pour le dinar)…notons que le dinar fut la monnaie suprême durant plusieurs siècles dans toute l’Europe ! Tout ce développement artisanal et commercial, contribuera à l’essor de l’urbanisme. De toutes les civilisations historiques, la civilisation musulmane est celle qui créa le plus de mégapoles. De l’Asie centrale à l’Espagne, les villes s’étendent et explosent par leurs nombres d’habitants et leur capacité urbanistique. On dénombre à Bagdad une population de 1,5 millions d’habitants ! Bagdad constitue à elle seule à la fois le centre du pouvoir musulman et le cœur de la prospérité pour celui qui veut y vivre. C’est vers elle qu’on émigre de tous les pays, de loin comme de près. Tous les peuples du monde y possèdent un quartier, un centre de commerce et de négoce : des marchandises du monde entier y circulent.

N.E.