Premier Ramadan d’une convertie

Le Ramadan, quatrième pilier de l’Islam. Un acte intense dont les effets spirituels et physiologiques ne sont plus à démontrer. Imane a 16 ans quand elle décide de se convertir, quelques mois plus tard le Ramadan arrive, elle jeûne. Ce sera le premier acte de foi qu’elle posera. Témoignage.

« Je me souviens encore précisément de ce premier Ramadan et du suivant. Cela a été tout simplement exceptionnel. Lorsque je me suis convertie, j’ai très vite cherché un acte fort à poser. Le Ramadan est arrivé très vite, et je décide donc de jeûner. Je suis issue d’une famille orthodoxe pratiquante. Ma conversion reste au départ secrète. Le Ramadan est cette année-là en hiver. J’arrive donc facilement à cacher à mon entourage mon jeûne » se souvient Imane. Les questions fusent dans la tête de l’adolescente. « Je n’ai qu’un souhait: jeûner de manière correcte, je suis donc beaucoup dans l’observation, je fais attention à mon comportement, je me retenais dans tout ».

« C’est comme si le monde s’était arrêté »

« Ma relation avec Allah était au summum, je l’ai sentie très forte parce que j’étais dans le secret, personne n’était au courant hormis Lui. D’apparence, rien ne laissait transparaître ma conversion, mais intérieurement j’étais en ébullition, comme si le monde s’était arrêté. Chaque jour j’avais ce contentement d’avoir réussi, de faire cela pour Allah. Je me préparais mon assiette, je mangeais seule face au mur, mais je ne me suis jamais sentie seule, je me sentais soutenue par Allah » affirme Imane. Puis, les jours passent et la fin du mois approche. « Tout le mois de Ramadan, je suis heureuse, mais le dernier jour a été douloureux. Je me souviens encore sur le chemin qui me mène à l’école, mes larmes ne cessent de couler. Je ne comprends pas la joie des autres qui sont heureux de voir arriver la fête, je suis dans une tristesse intense, le jour de l’aïd je me retrouve véritablement face à ma solitude.  Mon premier Ramadan m’a permis de construire ma foi, ce sentiment de proximité, d’amour intense, je ne l’ai plus jamais ressenti. J’avais le sentiment de m’être élevée durant tout ce mois et la fin du Ramadan a sonné comme un coup d’arrêt. » précise la jeune femme qui ajoute « aujourd’hui, le Ramadan est différent, c’est toujours un moment intense mais ce premier Ramadan est à jamais gravé en moi ».

Une conversion synonyme de renaissance

L’histoire de la conversion d’Imane est magnifique à bien des égards, elle nous rappelle qu’Allah est proche de celui qui recherche la vérité, de celui qui demande à être guidé. « A 16 ans, à l’école, les jeunes quand ils apprennent que je suis croyante (orthodoxe), ils me posent des questions et m’expliquent ce qu’est l’Islam. Ils titillent ma curiosité par rapport à la religion mais dans un premier temps je me méfie de cette religion. Je me plonge donc dans les livres sur le christianisme, le judaïsme, je m’intéresse aussi au bouddhisme » explique Imane. Très vite, un point frappe l’adolescente de l’époque. « Je suis frappée par les similitudes dans les écrits. Je décide donc de me tourner vers l’Islam. Mais toujours méfiante, je décide de commander des livres mais uniquement d’auteurs non musulmans. Et là, le doute s’installe. Je sais que je suis croyante mais vers quelle religion me tourner? Je demande donc à Dieu de me guider… Quelques temps plus tard, je fais un rêve. Je me vois porter un hidjab blanc, proches de moi: mon frère et ma mère. Et plus loin, ma famille (oncle, tante, grands-parents) qui  nous regardent en pleurs. je vois aussi une inscription en arabe qui reste gravée dans ma mémoire mais je ne sais absolument pas à quoi cela correspond. Je découvrirais plus tard, qu’il s’agit d’ « Allah » écrit en arabe. Dès mon réveil, j’ai la ferme intention de me convertir. Je fais donc mon grand lavage et récite l’attestation de foi seule dans ma chambre. Je deviens enfin musulmane » se souvient avec émotion la jeune femme.

La famille éclate

Si au départ, cette nouvelle conversion, l’adolescente arrive à la maintenir secrète, sa mère la découvre un jour en ouvrant la porte de sa chambre. Imane est sur son tapis de prière. « Ma mère referme doucement la porte. Et grâce à Dieu elle l’accepte très bien surtout parce qu’elle voit l’effet positif que l’Islam m’apporte, le comportement qui suit ». A 18 ans, elle assiste au lavage mortuaire de la petite fille d’une amie. L’enfant a 2 ans et demi. C’est une prise de conscience pour Imane. « Je rentre chez moi et j’annonce à ma mère que je veux porter le voile. Je ne peux plus continuer sans. Au départ, je ne voulais pas le lui imposer. Ma mère accepte encore mais la famille éclate. Mes grands-parents, mes oncles et tantes me rejettent mais ils excluent aussi ma mère de la famille, ils ne comprennent pas son choix ».  

La maladie

Les années passent. Le frère d’Imane est malade. Une maladie grave. En semaine, il est en internat et le week-end il retrouve sa mère et sa sœur. La conversion de sa sœur l’intrigue. « Il me pose beaucoup de questions. Nous avons de longues conversations sur sa maladie. Le sens que l’Islam lui donne. Je lui apprends qu’il s’agit d’une épreuve, qu’il a été choisi par Dieu pour vivre cette épreuve. Que rien n’est dû au hasard ou à la malchance ». Déboussolé par toutes ces affirmations, le frère de la jeune femme décide de s’informer. Il lit énormément et décide à son tour de se convertir. » Ma mère, qui n’est pas croyante, lui fait son grand lavage sous ma direction. Nous nous rendons ensuite au Merkez et ma mère nous accompagne. Nous sommes reçus à l’époque par le professeur Kastit. Mon frère se convertit »

La douleur et la joie

Quelques temps plus tard, le frère d’Imane est hospitalisé. Ses jours sont comptés. « Je veillais la nuit avec lui tandis que ma mère passait la journée à son chevet. Mais une nuit, mon frère refuse que je reste à ses côtés. Il réclame ma mère. Cette nuit-là, mon frère nous quitte. Ma mère m’a raconté qu’il a levé les yeux au ciel et qu’elle lui a dit « Va rejoindre Allah », à cet instant précis son âme a quitté son corps« . L’enterrement se déroule selon les rites islamiques, et toute la famille grecque non musulmane est présente. « Ils sont étonnés par le calme et la sérénité qui planent dans l’atmosphère. Je me suis rendue à la mosquée pour prier sur mon frère, ma mère m’a accompagnée. Elle est restée au fond de la salle debout« . Tous ces évènements marquent la mère d’Imane qui décide sans en informer sa fille de prendre des cours de religion au Centre Islamique de Bruxelles. Son intention au départ est de comprendre la conversion de ses enfants. « Un jour, elle m’appelle et m’annonce sa conversion. Là c’est une joie intense. Allah a exaucé mon invocation car depuis le premier jour de ma conversion je n’ai cessé de Lui demander de guider ma famille comme Il m’avait guidée. Aujourd’hui, le jour de l’aïd, est un jour triste parce que nous pensons beaucoup à mon frère mais c’est un jour de joie aussi car ma mère se tient à mes côtés lors de la prière » conclut Imane.   

 

H.B.