Ramadan, mois de jeûne, de spiritualité et… de gaspillage !

Pendant le mois de Ramadan, mois de privation et d’abstinence, un phénomène paradoxal apparaît, celui de la surconsommation. Les dépenses explosent alors que celles-ci devraient être réduites.

Les files devant les boulangeries, boucheries, et autres épiceries témoignent de cette course à la consommation. Des files qui n’apparaissent que lors du mois béni. Pain, dattes, poissons, viandes, fromage… Avec sa profusion de plats, les repas de rupture du jeûne finissent inévitablement avec des lots de produits non consommés et qui se retrouvent finalement dans le bac à poubelles. Le paradoxe est donc saisissant ! Le mois de ramadan, mois d’abstinence et de transcendance est pourtant devenu le mois de la surconsommation et du gaspillage.

Une véritable opportunité commerciale

Le ramadan n’échappe donc pas à cette société de surconsommation, et les grandes surfaces commerciales et particulièrement les grandes enseignes alimentaires se frottent les mains en pareille période. Les chiffres d’affaires florissent et les campagnes de publicité témoignent de l’engouement suscité. Dans la plupart des pays musulmans, difficile de passer à côté du véritable matraquage publicitaire qui entoure cette période. Mais une telle consommation a un prix : le gaspillage alimentaire connaît un pic pendant ce mois béni.

Le pain en tête des aliments les plus gaspillés

Les aliments les plus gaspillés sont le pain et les autres produits à base de farine, comme les gâteaux et les biscuits secs. Viennent ensuite les fruits, les légumes, les viandes et les produits laitiers…sans oublier les restes de plats cuisinés et finalement non consommés. La FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, précise que le gaspillage alimentaire connait un pic important pendant le ramadan, pouvant atteindre les 84,8% dans les pays où le rite du jeûne est pratiqué comme l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, la Tunisie et la Turquie. Parmi ces déchets alimentaires, « beaucoup de plats sont préparés et finissent à la poubelle sans même avoir été consommés en partie. » Par ailleurs, selon l’Institut National de la Consommation (INC) tunisien, la consommation de pain, qui est l’aliment le plus gaspillé en Tunisie, augmente de 135% durant ce mois. Au Maroc, le Haut Conseil du Plan (HCP) révèle qu’en 2016, pendant le ramadan, les dépenses alimentaires ont augmenté de 37%. En Algérie, ce ne sont pas moins de 12 millions de litres de lait, et près de 12 millions de baguettes de pains qui finiront dans les poubelles.

En France, selon les résultats d’une étude menée par le cabinet Solis, les dépenses alimentaires des ménages musulmans augmentent de 30% durant le mois de ramadan… En Belgique, aucune statistique n’est disponible mais les foyers musulmans belges ne sont pas pour autant moins gaspilleurs…

Retour à l’essentiel

Le jeûne poursuit un double objectif : l’abstinence, la privation et l’élévation (spirituelle). Il s’agit du quatrième pilier de l’islam mais également du mois de la révélation du coran. Mois de la miséricorde et du retour aux fondamentaux, à l’essentiel, ses mérites sont inestimables. Il devient donc urgent de revenir à l’essence même du jeûne. Dans un hadith rapporté par Boukhari, le Prophète (PSL) a dit : « Quiconque jeûne le mois de Ramadan avec foi en espérant la récompense divine, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés ». Le ramadan, mois de jeûne est donc un acte d’adoration dont l’unique but est d’obtenir l’agrément divin, le Divin qui nous rappelle que sa récompense n’appartient qu’à Lui. En privant son corps, on lui apprend combien il goûtait aux excès auparavant… des excès qui ne doivent pas apparaître au coucher du soleil. Le ramadan est également une école où l’on apprend la maîtrise de ses passions et désirs. Un jeûne bien appliqué ne peut s’accompagner d’excès et de festivités…