Sur les traces de l’âge d’or de l’ère arabo-musulmane…Partie 5

La soie de Chine, les fourrures de Russie, le coton d’Inde, le riz d’Asie, et toutes sortes de produits luxueux et de première nécessité́ voyageaient dans tout l’empire musulman. C’est ainsi que l’on découvrait sur les étalages des commerçants des nouveautés venues de pays très lointains. Les villes comme Bagdad, prospérèrent grâce au commerce. L’essor économique se développa à la fois à l’intérieur de l’empire islamique et à l’extérieur de celui-ci.

Le monde musulman devient la plaque tournante du commerce international

Il ne s’agit pas d’un petit commerce caravanier comme au début de l’Islam, mais d’un grand commerce international. Dans l’imaginaire collectif, on associait la caravane à plusieurs chameaux, chargés d’épices, de parfums, de musc, de dattes, chaloupant lentement dans le désert brûlant. Des marchands arabes, qui autour d’un feu à la tombée de la nuit, contaient leur aventures…Certes, les marchandises étaient transportées dans des caravanes mais aussi dans des navires commerciaux. Deux grandes routes maritimes partaient de Bassora : l’une vers l’Inde et la chine, et l’autre longeait les cotes d’Arabie vers la mer rouge. On importait et on exportait : le commerce international est né ! Du 8ième au 9ième siècle, les Arabo-Musulmans vivaient et bénéficiaient de cette vitalité commerciale et de l’éclat intellectuel des villes de l’empire.

Une activité codifiée

Il est à noter que le commerce était non seulement une activité fructueuse mais elle était aussi clairement codifiée. En effet, chaque région avait ses usages, ses prix, ses mesures et ses poids : par exemple, l’once, le kintar, le ralt, variaient selon les produits à peser et d’une ville à l’autre. Difficile de s’y retrouver à première vue, mais les marchands, quels que soient leur confession ou leur statut social, parvenaient à faire affaire. De plus, l’empire installa des péages aux frontières et aux villes portuaires. On retrouva dans les écrits les taxes commerciales comme le droit à l’exportation, le droit aux services rendus (débarquement, inventaire,…) sorte de système salarial. L’essentiel des transactions commerciales, basées sur la confiance, se faisaient à partir de deux monnaies : le dirham d’argent et le dinar d’or. Ce système monétaire donna naissance à des banques centrales avec succursales que possédaient les musulmans pour faciliter le libre-échange. On a recourt aussi pour la première fois dans l’empire au chèque ( le sakk en arabe commençait par le « Bismillah Arrahman Arrahim » ) Celui-ci pouvait être encaissé dans des bureaux de payements à des milliers de kilomètres. D’un point de vue religieux, le commerce et la recherche du profit sont considérés honorablement par le Coran et la tradition prophétique, si et seulement si, les marchands faisaient bon usage de leurs biens. Ainsi, l’essentiel des ressources aboutissait au Trésor public ( Bayt al-maal, en arabe) ou au trésor privé du calife qui se chargeait de vérifier la collecte des taxes. Le système financier mis en place à l’époque ne diffère pas de celui actuel : une sorte de ministère de l’économie qui avait pour rôle de surveiller et de dépenser au service de la communauté musulmane. Il ne faut pas oublier que ce grand commerce international a laissé son empreinte sur le développement agricole des régions de l’empire. Ainsi, des espèces végétales et animales, qui étaient inédites à l’époque, vont apparaître et trouver leur place : le mouton merinos utilisé pour sa laine, le dromadaire, le cheval genet pour sa musculature et son endurance. Des cultures de riz, de millet, le palmier et le coton sont introduits, grâce au développement de techniques agricoles comme l’irrigation. Les savoirs « circulent » avec les produits du commerce et on voit apparaitre des manuels et des livres dans les caravanes, surtout à l’arrivée du papier dans l’empire musulman. Et, aujourd’hui, c’est en retrouvant des livres et carnets de voyages manuscrits que les historiens ont pu reconstituer l’expansion du commerce de cette époque médiévale. Les villes, à l’image de Bagdad, la cité des « Mille et Une Nuits », bouleversèrent les structures économiques, les sciences, les arts et lettres de l’islam. Une civilisation extrêmement brillante s’y développa…

Il était une fois « Madinat as-salam », la cité de la paix

Des peuples d’origine diverses se côtoyaient dans Bagdad, la ville des califes. Les bazars débordaient de denrée provenant du bout du monde. Les langues , les tribus et les cultures se mélangeaient, et concouraient à faire de Bagdad une ville cosmopolite, dynamique et sans pareil à son époque. Construite au 8ième siècle, elle était la capitale de l’empire Abbasside, où était centralisé toute l’administration et la puissance du calife. Sa place géographique lui confère l’appellation de « capitale du monde » en raison de ces 4 voies qui menaient vers des routes commerciales. Au centre de la ville, se situait la demeure réservée au calife, entourée d’une vaste cour et d’une mosquée. Du fait de son plan circulaire, Bagdad se divisa en plusieurs quartiers au fur et à mesure qu’elle se développait : chaque quartier se dota de petits bazars, de lieux de pèlerinages, de bains et de marchés. Avec le marché, la mosquée était une des deux éléments essentiels de la structure de la ville musulmane. Elle était non seulement lieu de prières mais aussi le siège de l’enseignement, de la justice et parfois le centre politique. La capitale ne cessa de grandir, si bien qu’elle perdit très vite son aspect originel de « ville ronde ». Cité florissante et intellectuelle, elle réussit à réunir toutes les conditions de sécurité et de développement d’une capitale politique et économique forte, montrant ainsi sa toute puissance.

Aucune trace ne reste des anciens monuments de Bagdad. Seuls quelques écrits, témoignages historiques, décrivent la ville comme une merveille de beauté. La splendeur et le raffinement dignes des « Milles et Une Nuits » se sont confirmés par des monuments comme l’Alhambra de Grenade et l’Alcazar de Séville, témoins vivant d’un art de vivre et d’un goût du beau. L’art musulman reposait sur des jeux de lumières, de couleurs, de densités, afin de ne laisser aucune place au vide : le moindre espace était exploité. Bagdad aujourd’hui, est une ville blessée. Qui se souvient devant ces ruines, qu’elle fût la capitale d’une civilisation raffinée ?

 

N.E.