Viande: boycott or not boycott?

La polémique autour de l’abattage avec étourdissement a atteint son paroxysme ces dernières semaines. En cause, la volonté des régions du pays d’interdire tout abattage sans étourdissement. Si en Flandre la loi est déjà passée, en Wallonie elle sera d’application dès le mois de septembre tandis qu’à Bruxelles, aucune décision n’a été prise. Décryptage

Mustafa Kastit, professeur, théologien et imam bruxellois

Si certains ont clairement décidé de ne plus consommer de viande chez leur boucher traditionnel, d’autres sont dans l’expectative face aux différents recours introduits auprès du Conseil institutionnel, qui a renvoyé la question à la Cour de justice européenne. Et pourtant, ce dossier n’est pas neuf. Il est sur la table depuis plus d’une dizaine d’années. « Le dossier a été traité de manière très tardive par les instances dirigeantes religieuses de notre pays. Le déclic n’a eu lieu qu’il y a quelques années. C’est pourquoi, il y’a peut-être un certain silence de la part de ces autorités religieuses. Ce silence sans pleinement le cautionner peut être aussi compris comme une manière de maîtriser leur communication et d’informer ultérieurement les fidèles de manière précise à la lumière des actions en cours et de leurs résultats » explique Mustafa Kastit, imam, théologien et écrivain qui ajoute « d’autres actions sont aussi menées à titre individuel par des collectifs qui ne sont pas liés à l’Exécutif des Musulmans de Belgique ».

« Il devient urgent pour chaque croyant d’interroger son boucher. Il est bien trop facile de se dédouaner » 

Le doute

L’étourdissement de l’animal pose un doute par rapport à la licéité de l’animal consommé. En effet, en jurisprudence islamique, l’animal doit être encore vivant avant son égorgement or l’étourdissement ne peut le garantir. « Face à ce doute, le croyant musulman ne peut donc marquer son accord, nous ne pouvons de ce fait accepter que tout animal sacrifié selon le rituel islamique soit étourdi au préalable. Plus encore ; cela va à l’encontre de nos droits » insiste le théologien.

Et l’éthique?

La question de l’éthique recouvre trois aspects selon le professeur Kastit: « La bienveillance envers les animaux ne souffre ici d’aucune contestation, le prophète (sas) l’a rappelé, la bienveillance est adressée pour toute chose. Dans un second temps, ce n’est pas parce qu’une bête a été malmenée que cela engage pour autant son caractère licite, il faut distinguer les deux aspects. Enfin, nous remarquons que dans certains abattoirs, nous pouvons être confrontés à des comportements de la part de sacrificateurs qui sont inappropriés, des attitudes qui ne sont pas éthiques. Ces personnes-là doivent être conscientisées. Néanmoins, il me semble, qu’il faut pour cela une pression de la base communautaire. Il est facile de se dédouaner en faisant porter le chapeau aux bouchers »

« Consom’ acteurs »

Face aux nombreux faits rapportés concernant le déroulement de la mise à mort des animaux dans certains abattoirs, il devient urgent que chaque croyant prennent ses propres précautions. « Il devient essentiel pour chaque croyant, musulman d’interroger son boucher. Aucun d’entre eux ne dira que sa viande n’est pas halal. Mais à nous de privilégier ceux qui sont connus pour avoir un sens aigu du scrupule religieux. N ous ne pouvons plus nous arrêter à une simple devanture qui stipulerait « boucherie islamique », il est de notre devoir de questionner, ce serait trop facile de nous dédouaner aujourd’hui en tous cas de mon point de vue » conclut Mustafa Kastit.